Vie et apprentissage des talibés : les maîtres coraniques de Kolda engagent la bataille de l’amélioration
admin2 | Jul 14, 2009 | Comments 0
Kolda 10 juil (APS) – Le phénomène des disciples coraniques arpentant les rues pour mendier connaît une grande ampleur à Kolda, région où des initiatives ont vu le jour notamment chez les marabouts afin de rompre avec les pratiques qui exposent ces enfants à de nombreux dangers.
Située aux frontières de trois pays de la sous-région, Kolda a une population majoritairement musulmane. Près de 3.000 talibés sillonnent les rues des capitales départementales de Kolda.
La région demeure, par conséquent, une des zones pourvoyeuses de talibés vers les autres grandes villes du Sénégal, selon Abdoul Aziz Ba, coordonnateur de l’ONG Gounass.
Basée à Kolda, cette structure se fixe comme objectif de promouvoir les droits des enfants, particulièrement les talibés, dans une vingtaine d’écoles coraniques de la région.
‘’La région est loin d’échapper au phénomène des enfants talibés qui occupent les rues. Et la nouveauté, c’est le fait qu’ils courent les rues pour mendier à la demande d’un maître coranique’’, explique A. Diao, animateur d’une émission religieuse dans une station radio de la place.
Ces enfants, dont l’âge est compris entre quatre et douze ans, dit-il, ‘’sont confiés à des maîtres coraniques ou marabouts pour apprendre l’éducation religieuse à travers ses différents aspects’’.
Mais, ‘’pour des intérêts individuels, souvent, les enfants sont contraints, dit-il, à apporter une contribution à leur propre prise en charge, par le biais de la mendicité’’.
Ce qui, selon lui, les pousse à aller ‘’de maison en maison’’ et à rôder autour ‘’des lieux de culte ou grandes places de nos villes à la recherche de nourriture et d’argent’’.
Aussi, dans les principales artères et autour des lieux de cultes, il n’est pas rare de rencontrer de jeunes talibés disputant l’aumône avec d’autres catégories sociales.
Ces scènes sont surtout fréquentes à l’occasion de la prière du vendredi où les devantures des mosquées sont prises d’assaut par des personnes démunies à la recherche de généreux donateurs.
Face à cette situation, le collectif des marabouts de la région multiplie les sorties. La dernière en date est la tenue d’un symposium en juin dernier sur la situation des talibés dans les écoles coraniques.
Les marabouts engagent ainsi la bataille auprès de leurs pairs pour améliorer les conditions de vie et d’apprentissage des talibés.
Mais au-delà des maîtres coraniques, la mendicité des enfants est de nos jours décriée, notamment par des militants d’organisations de défense des droits des enfants.
Les talibés sont soumis à une mendicité quotidienne qui est même obligatoire avec comme seule finalité de soutenir financièrement et matériellement les maîtres coraniques, lesquels avaient pourtant comme mission première de leur inculquer le Coran’’, fustige Ousmane, un ancien des daaras (écoles coraniques) devenu apprenti chauffeur.
‘’J’ai abandonné mon école à l’âge de 13 ans. Mes camarades et moi passions le temps à courir derrière l’argent que notre maître nous réclamait tous. Chaque soir, chacun devait verser entre 300 et 500 francs. A défaut, il subissait le châtiment’’, raconte-t-il.
La vingtaine sonnante, il ne cache pas son ambition de devenir transporteur afin de gagner sa vie loin des risques que courent chaque jour les enfants talibé et éviter ainsi de faire partie de la catégorie des enfants en conflit avec la loi.
MG/ASG/SAB
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